Providence en eau profonde – Frédérik Fournier

«Ton âme vogue ou disparition – 7 », Acrylique sur fibre de bois, ©Carole-Yvonne, 2015, en vente sur http://culturat.org/boutique/items/ton-ame-vogue-ou-disparition-7

«Ton âme vogue ou disparition – 7 », Acrylique sur fibre de bois, ©Carole-Yvonne, 2015, en vente sur http://culturat.org/boutique/items/ton-ame-vogue-ou-disparition-7

 

 
Le ciel d’Angliers menace de se déchirer. Le casse-croûte Chez Karo vend sa dernière poutine de la soirée. Le flot du barrage des Quinze est chargé d’agressivité. Je suis assis dans ma chaise de parterre, sur la proue de l’ancien remorqueur, l’empereur des Quinze, le T.E. Draper. C’est interdit d’être sur ce site historique le soir, mais j’ai toujours défié les règles. Je suis fait comme ça. Je me sens chez nous partout où je suis. J’aime ça savoir ce qui se passe dans le village. Un grand curieux, tsé. Lire la suite

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Meïka – Frédérik Fournier

Détail de « Sans titre », techniques mixtes, ©DPlamondon, 2015, sur www.facebook.com/DavidPlamondonArtiste

Détail de « Sans titre », techniques mixtes, ©DPlamondon, 2015, sur http://www.facebook.com/DavidPlamondonArtiste

 

 

La Stanger’s Road est éclairée par une lune bleue. Le dépanneur Mid-Jim vient d’éteindre son soleil couchant en néons.

Je traverse le cimetière des skidoo et des quatre roues. Dans la réserve amérindienne de Notre-Dame-du-Nord, les quatre éléments c’est pas la terre, l’eau le feu et l’air. C’est Arcticat, Bombardier, Kodiak et Yamaha. Le gros doberman est au bout de sa chaîne. Il gueule sa rage pour avertir ma présence. J’ai juste envie de virer de bord, mais mes yeux voient la grosse pancarte rouge : Road not maintained. Use at own risk. C’est là. Lire la suite

Parents discontinués – Frédérik Fournier

«Intrus», photographie, ©Caroline Perron, 2015, sur www.facebook.com/caroline.perron.photographies

«Intrus», photographie, ©Caroline Perron, 2015, sur http://www.facebook.com/caroline.perron.photographies

 

On a couché la p’tite dans l’tiroir d’la commode. On est pauvres de même. On l’a enveloppée dans un drap santé. On espère que ça va marcher. Qu’on va la sauver. On sait pu où se pitcher. Pourquoi on l’a mis au monde? On est pas du monde. Si on la garde, elle va mourir. Si on la donne, elle va nous haïr. On espère encore. Elle est belle quand elle dort. Une petite poupée qui attend juste de se faire aimer. On est des bâtards qui attendent sa mort. Lire la suite

Racines familiales – Frédérik Fournier

« Tout n’est pas noir ou blanc », Techniques mixtes recouvert d'un epoxy,  ©Véronique Doucet, 2014, sur http://culturat.org/boutique/items/tout-n-est-pas-noir-ou-blanc-hommage-a-nelson-mandela

« Tout n’est pas noir ou blanc », Techniques mixtes recouvert d’un epoxy, ©Véronique Doucet, 2014, sur http://culturat.org/boutique/items/tout-n-est-pas-noir-ou-blanc-hommage-a-nelson-mandela

 

On court après rien pis on s’enfarge dans nos lacets. Les miens sont restés pris dans une branche. J’ai abandonné mes souliers. J’ai pu besoin de courir. L’endroit m’est familier. Je me rappelle l’avoir aimé. Mon nez accueille l’odeur de la matinée. Mes oreilles captent le son de la chute à grands remous. Mes doigts effleurent chaque feuille de l’érable boréal. Mes papilles se délectent de la poire sauvage. Elle éclate dans ma bouche. Mes yeux revoient la caverne qui est dans le trou, cachée dans le rocher. L’endroit m’est familier. Lire la suite

Gummy bears – Frédérik Fournier

« Le dépanneur », photographie, ©Caroline Perron, 2015, sur http://carolineperron.tumblr.com/

« Le dépanneur », photographie, ©Caroline Perron, 2015, sur http://carolineperron.tumblr.com/

 

Mado!

Te souviens-tu quand t’as accepté de dépanner ma mère en devenant notre gardienne après l’école? Je me rappelle, à chaque soir je faisais le brigadier pour les autobus pis après, ma sœur pis moi on allait chez toi, qui étais aussi le dépanneur de St-Eu. On arrivait pis y’avait toujours tes six chiens, tes cinq chats pis tes deux perruches qui nous accueillaient. Pis notre collation c’était tout le temps un Quick avec une beurrée de beurre de peanuts. Mais ce qui nous faisait tripper le plus moé pis Mimi, c’était tes jeux de Super Nintendo que t’avais en quantité industrielle. Que ce soit Docteur pillules ou Street fighter, on trouvait que c’était pas mal plus le fun que Les Feux de l’amour, que ma mère regardait. Tu nous faisais tellement confiance qu’on pouvait se promener dans le dépanneur pour jaser avec Ti-Dré Béland qui venait s’acheter un pain, ou avec Clotilde qui manquait de poudre à pâte pour faire son gâteau des anges.  On se cachait même dans les allées pour espionner le monde. On était dans le jeu vidéo Super Dep Mado. Lire la suite

Les Miséreux – Frédérik Fournier

«Si vous ne trouvez plus rien, cherchez autre chose», photographie, ©Caroline Perron, 2014, sur http://www.reservoirt.com/caroline.perron

«Si vous ne trouvez plus rien, cherchez autre chose», photographie, ©Caroline Perron, 2014, sur http://www.reservoirt.com/caroline.perron

 

La poussière roule en dessous de nos bas de laine. On pisse dans des pots Mason à tour de rôle. Rocky boit le restant de sa King Can de Budweiser trouvée dans la ruelle du Bar des Chums. Carteux joue sa game de solitaire en sacrant quand il bat pas le yable. Manon nous donne chacun une cigarette. C’était à son tour d’acheter le paquet. Pis moé, je check les deux grosses cheminées en me disant qu’y doit ben y en avoir une de plus grande que l’autre. Tu peux pas nous manquer, on est toujours à la même place. On se cache en d’sour de notre toile de piscine bleue, à côté des grosses coupoles, proche de la fonderie.

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Insomnie mon amour – Frédérik Fournier

«On s'attache à de bien petites choses. Moi, je tiens à un fil.», acrylique sur toile montée, © Brigitte Toutant, 2012, en vente sur http://culturat.org/boutique/items?item_id=590

«On s’attache à de bien petites choses. Moi, je tiens à un fil.», acrylique sur toile montée, © Brigitte Toutant, 2012, en vente sur http://culturat.org/boutique/items?item_id=590

Je ne dors plus… Cela fait deux jours que je suis encabané dans notre chalet. Je ne suis pas un ermite. J’ai besoin de l’être pour un temps. J’écris l’histoire de notre vie. J’écris ce que nous avons été, ce que nous avons vécu. J’écris pour ne pas dormir. J’ai l’image de toi couchée dans notre lit, emmitouflée, dans nos couvertures de flanelles. C’est maintenant la terre qui t’enveloppe pour l’éternité. J’hallucine l’odeur de ta tisane aux bleuets. J’ai pas mis la théière sur le feu. J’écris notre randonnée en canot, nos projets de voyages irréalisables, ta maladie, nos derniers moments, tes yeux… éteints.

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