Antoinette Cameron – Jonathan Barrette

« Sans titre », photographie, ©Caroline Perron, 2015, sur http://carolineperron.tumblr.com/.

« Sans titre », photographie, ©Caroline Perron, 2015, sur http://carolineperron.tumblr.com/.

 

 

Avec les mots restants

je te retrace, ma grand-mère

je suppose ta vie

De fragments faits

 

Tu as suivi ton clan

tu précédais la Crise

à onze ans pour Palmarolle

le train de Québec à La Sarre

Si long que les arbres poussaient derrière

la rivière Dagenais en chaland à ras bord

qu’on pensait noyer tout le ménage

tu es arrivée dans la chiotte levée par pépère Jos Camaron

Le 13 octobre 1925

 

Qu’est-ce que tu faisais là

à grelotter ta misère

à quoi pensaient les pauvres gens

Dans un pays à peine voulu

 

Tu as suivi le gagne à 19 ans pour la Beattie

pour M. Maxwell, le gérant de la mine

comme cuisinière pour Mme McGovern, la postière

qu’est-ce que ça faisait d’être domestique

En ton propre pays

 

Et il est arrivé

 

Pendant que lui amassait son butin

sept ans à fréquenter l’abstinence

tu t’es mariée à 26 ans

tu as enfin décoiffé sainte Catherine

tu es enfin partie en famille

une fausse couche prise

dire qu’on te pointait à l’église

Parce que tu ne donnais pas assez d’enfants à ta race

 

Peu importe le printemps

tu étais la première à entrer dans le lac

même la glace calait sous ta volonté

Tes mains ont tant voulu sculpter l’essence des choses

peindre ton pays

faire l’ordinaire de tes ancêtres

Jusqu’à l’effilochage de ta mémoire

 

Tu as fini par voyager autrement que par pauvreté

as-tu été déçue

as-tu été peinée

que tes enfants ne se soient accordés

Que pour se démarier

 

quand ton homme est parti

comment as-tu fait sans lui

si longtemps après

Pour exorciser le temps

 

Et moi ton préféré je finis par être là

tombé des escaliers

et moi et mon enfance

À chaque année de retour d’un exil inconnu

 

À vivre sous le même toit

à mon tour je t’ai ramassée tombée du lit

alors que ton enfance revenait à reculons

À force de démence

 

L’usure a fait son oeuvre

l’orgueil de continuer n’a plus suffi

même si je veillais sur toi

ta mort avait pris visage

Et j’y ai vu ma mère au tombeau

 

Je veille encore

Le souvenir à suivre

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s