Gummy bears – Frédérik Fournier

« Le dépanneur », photographie, ©Caroline Perron, 2015, sur http://carolineperron.tumblr.com/

« Le dépanneur », photographie, ©Caroline Perron, 2015, sur http://carolineperron.tumblr.com/

 

Mado!

Te souviens-tu quand t’as accepté de dépanner ma mère en devenant notre gardienne après l’école? Je me rappelle, à chaque soir je faisais le brigadier pour les autobus pis après, ma sœur pis moi on allait chez toi, qui étais aussi le dépanneur de St-Eu. On arrivait pis y’avait toujours tes six chiens, tes cinq chats pis tes deux perruches qui nous accueillaient. Pis notre collation c’était tout le temps un Quick avec une beurrée de beurre de peanuts. Mais ce qui nous faisait tripper le plus moé pis Mimi, c’était tes jeux de Super Nintendo que t’avais en quantité industrielle. Que ce soit Docteur pillules ou Street fighter, on trouvait que c’était pas mal plus le fun que Les Feux de l’amour, que ma mère regardait. Tu nous faisais tellement confiance qu’on pouvait se promener dans le dépanneur pour jaser avec Ti-Dré Béland qui venait s’acheter un pain, ou avec Clotilde qui manquait de poudre à pâte pour faire son gâteau des anges.  On se cachait même dans les allées pour espionner le monde. On était dans le jeu vidéo Super Dep Mado.

 

Toi, t’étais le boss de la fin. Quand y’avait pu de méchants clients dans le dep, on te faisait accroire qu’on allait regarder les revues : « je vais aller voir c’est quoi le nouveau Safarir », « hey Mado, je reviens, je vais aller checker quel film on va louer à soir »… Mais c’était juste un alibi pour se retrouver tout seuls devant tes milliers de pots de bonbons. C’était tes prisonniers. Les Gummy bears attendaient qu’on vienne les sauver. Fallait se cacher des miroirs qu’y avait à chaque coin du dep. Pis là, on passait dans le monde du jus, pis fallait placer les cannes de Koolaid pour avoir le code qui nous faisait passer au prochain monde. C’était facile : orange, orange, rouge pis mauve. On entrait dans le monde de la glace. Là, fallait prendre un Popsicle aux bananes pis se le coller dans le front pour se geler le cerveau pendant une minute. On était enfin rendus au dernier niveau : le monde des bonbons. On se relayait moi pis Mimi, pis on watchait dans la fenêtre si un client était pour entrer. On avait chacun notre pouvoir pour faire partir les ennemis. Moi, c’était mes yeux rayon laser pis Mimi, c’était ses ondes ultrasons. Quand on entendait la cloche du dépanneur sonner, on perdait une vie. Fallait manger des bonbons pour remplir notre barre d’énergie. Je dévissais le pot de melons d’eau pis je m’en prenais une poignée. Pis après, c’était les cerises surettes pis les nombrils.  Au début, on prenait juste des bonbons à une cenne, mais un moment donné, on a poussé notre luck pis on s’est pitchés dans les Big foot pis les lèvres à cannelle. Pis si on revenait dans ta maison sans s’être fait pogner, on avait fait le tour de la cassette. Les Gummy bears étaient délivrés de la méchante Mado.

Cristi qu’on était game! Aujourd’hui, y’en a pu de dépanneur… Parce que tu viens de le fermer. Je sais ben que c’est pas à cause de nous, mais je tenais à m’excuser d’avoir volé. Mais tsé moé, l’interdit ça m’a toujours attiré. Game over.

 

Ce texte s'est mérité la mention «coup de coeur» du jury

Ce texte s’est mérité la mention «coup de coeur» du jury

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