Les grimoires de l’ombre (3/3) – Sophie Benoit

«Neige blanche», Encaustique sur panneau de fibres de bois, ©Carole-Yvonne Richard, 2007, en vente sur http://culturat.org/boutique/items/neige-blanche.

«Neige blanche», Encaustique sur panneau de fibres de bois, ©Carole-Yvonne Richard, 2007, en vente sur http://culturat.org/boutique/items/neige-blanche.

 

Dans la maison de ma prochaine enfance

les mots sont clairs

sans bruit ils se joignent

à ma transparence

 

 

Une fureur secrète gronde

les tonnerres s’enchaînent

l’orage ouvre son corsage

sur nos adieux

 

l’érosion gruge nos mémoires

le deuil des dieux commence

 

J’entends la respiration terrifiante des ombres

leur souffle sur les murs

j’entends fondre le sel sur mes plaies

ton invitation

dans les tréfonds du monde

 

au bout de mes peines

j’entends les chaînes

de ma conscience qu’on délivre

 

 

Depuis notre avalanche

l’être se meurt

dans la blancheur

des recommencements

 

depuis notre rupture

je suis ce roseau

dans l’entretoit de mon corps

j’attends

ma prochaine naissance

 

 

Enivrée d’orgueil et de blessures

des bouts de mythe coincés à travers la gorge

je fuis notre destin

dans des forêts sans mots

des terres muettes

 

j’ai perdu le goût de boire

tes paroles

 

 

Je cherche ton refuge

les dieux sont fatigués de nous attendre

 

des sentinelles de givre

balbutient des excuses

leurs vœux vacillent

sur ton silence

 

dans le chaos je contemple

l’éparpillement de ta présence

 

 

À longueur d’épreuves

le désespoir se tricote

de fausses anecdotes

 

je reçois l’écho de tes appels

mais le destin me ramène

au cœur de l’immobile

 

 

Ma parole porte des fers aux pieds

il faut déterrer les mots et les morts

 

le jour se lève grâce aux balbutiements

des condamnés

 

 

Nos amours sont ancrées

dans la chair des maléfices

 

loin des agonies

je survole nos vies

nos dernières lueurs

 

 

À la jonction des mondes

une ombre monte la garde

 

emmaillotée de laine et de tourments

elle apprend

les répliques de la mort

 

 

Les aurores boréales vibrent

en suivant le rythme

de nos âmes en péril

 

nos âges à rebours

nos cœurs désastreux

 

le mouvement des cieux m’emporte

dans le berceau

où nous sommes nés

 

 

il fait jour sur tes chansons

 

le destin change de direction

il efface les pôles

oublie nos prénoms

 

 

Je pose sur le monde

un regard millénaire

 

je pars sans mon ombre

 

j’avance sur les chemins

d’une nouvelle genèse

 

une dernière fois

ta silhouette se découpe

sur une lumière qui tombe

 

 

Sous la lampe des mirages

les lèvres de la pierre

murmurent des mots étranges

 

j’aime la musique blanche de leurs récits

nos rires entre les mots

nos valses où nos âmes vibrent

au signal

qui ouvre le bal

 

 

De vieux miroirs me reflètent

mes mélancolies

 

dans leur glace se dessine

ce que nous aurions pu être

près des sources tranquilles

et des lunes accomplies

 

depuis je chasse le sommeil

et fuis les fontaines

 

 

À genoux dans l’aube

une promesse se dévêt

 

mes plaies prennent feu

mon esprit se régénère

la beauté revient

 

 

Au hasard

l’inédit se promène

 

je n’ai toujours pas traduit

ses grondements dans le vent

les soubresauts de notre mémoire

ses coulées sur la nuit

 

les dictionnaires sont vides

les verbes n’ont ni roi ni règles

notre langage est en exil

 

 

Tous les soirs

l’inachèvement relit ses exploits

dans les manuscrits de l’ombre

 

il se nourrit

des êtres et des songes

nés des mauvaises coïncidences

 

 

 

 

J’ai creusé la tombe de mes châteaux

 

j’ai entendu des bribes de conversation

entre l’ombre et la musique

 

j’ai abandonné à la terre

les éclats de rire nocturnes

 

les souterrains du monde sont loin derrière

 

la lumière s’étend à perte de vue

 

 

mémoire

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