Les grimoires de l’ombre (1/3) – Sophie Benoit

mémoire

Des écritures apparaissent la nuit lorsque je marche en bordure de moi. Des lettres s’attachent et se détachent, je reconnais notre alphabet. Je lis les feuilles mortes, les vieilles notes des dieux.

Je cherche sur toutes les pages ta signature
Orphée

 

*

 

Les arbres annoncent mon arrivée
près du portail
des amours préhistoriques

les barreaux de fer s’effacent
mes douleurs s’ouvrent

mon âme regrette
d’avoir égaré
tes grimoires

 

 

 

D’anciennes mélodies
sont enterrées
au cimetière

ta musique fait trembler les épitaphes
tes mots libèrent la pierre
s’élancent vers Eurydice

 

 

 

Des fantômes se rassemblent

leurs voix se désagrègent
outre tombe
leur cœur désséché
désapprend la parole

 

 

 

Je traverse les ténèbres
murmure de poussières d’aveux
c’est ta présence qui me mène

ton ombre se fraie un passage
nous nous lançons des sourires
qui éclaircissent nos cauchemars
tu me racontes tes mystères
tes brouillards

âgée de plusieurs siècles
je te rencontre enfin

 

 

 

Des fruits noircis
jonchent le sol

ma mémoire gonfle au vent

derrière ses rideaux
le silence m’interroge

attirée par les tombeaux de la solitude
je réponds à ta peine

 

 

 

Des rêves fatigués
attendent le radeau
de l’oubli

l’empreinte de tes pas
disparaît à mesure
que j’avance

tu t’effaces
derrière moi

le déchirement s’achève

 

 

 

Dans les caveaux décrépits
des fantômes lisent tes livres

un enfant mort
traverse la frontière
je ne vois aucun signe
je ne sais plus lire
entre les lignes
du ciel

nos existences défilent
nos souvenirs atteignent
le seuil des ténèbres

 

 

 

Le banquet des morts
leur maison où nos chants
sont usés d’attendre et d’espérer

quelqu’un tourne la page
des mauvais sorts

les dieux traversent la cour

mes mains remplies de noirceur
s’écorchent
aux vestiges de pierre

il n’y a plus de lumière

 

 

 

Je marche
dans le brouillard des âges
avec ma vieille robe ivoire
et tes lettres carbonisées

ton spectre évite
nos noces d’ébène
la complainte des âmes
accompagne ta fuite

 

 

 

Des enfants nagent
dans les cheveux des cadavres
recréant l’époque
où ils valsaient
dans les labyrinthes

des êtres sans paroles
me tendent la main

je poursuis ma route dans les ténèbres
je répète mes serments et mes silences

mon âme sait que tu es
l’unique destination

 

 

 

J’habite l’abîme

les disparus ont fermé les rideaux
leurs silhouettes rassemblées
célèbrent le monde
sans pain ni vin

sur le calendrier souterrain
ils dessinent les limbes

loin des lanternes
une rumeur s’abreuve
aux corps maléfiques

un seul souffle de la mort
et notre amour se tait

 

 

 

Tes funérailles ont commencé
au lever d’une nuit dense
des habits d’encre ont été déposés
sur ton absence

les retailles d’un manuscrit
tombent au fond du puits

notre mémoire se noie

hantées de lendemains illisibles
nos paroles égrenées
se dispersent

 

 

 

Ta lumière s’éteint dans le lointain

des révélations
sortent des mausolées

une clarté monte et descend
entre l’indicible
et l’inachevé

la nausée m’envahit
mon esprit s’emmêle

j’attends par intuition
que l’horizon m’appelle

 

 

 

Mes destins claquent au vent
des ruelles

nos désirs s’immolent
au bord des ravins

j’oublie l’exquis
la sensation
de ta main qui tremble

je dois retrouver les tempêtes
en blanc
les ossements
de notre enfance

 

 

 

 

 

___________
La seconde partie des Grimoires de l’ombre se trouvera dans notre prochain numéro!

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